Cannes 2018 : « Fahrenheit 451 » ou comment mettre Bradbury à l’heure des réseaux sociaux

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    Michael Shannon et Michael B. Jordan dans « Fahrenheit 451 », de Ramin Bahrani.

    Sélection officielle – hors compétition, séance de minuit

    Comment faire un film futuriste d’une prophétie qui s’est déjà en grande partie réalisée ? La question est passionnante, la réponse qu’apporte cette nouvelle adaptation de Fahrenheit 451 l’est moins. Publié en 1953, au plus fort de la guerre froide, le roman de Ray Bradbury imaginait une société abrutie de psychotropes et de divertissement de masse – diffusé dans les foyers – de laquelle les livres avaient été bannis. On était alors aux premiers temps de la télévision hertzienne.

    De Valium en Zoloft, de NBC en YouTube, les livres ont été repoussés aux marges de la vie sociale, les images, de plus en plus fragmentées, ont imposé leur empire. Bref, Ray Bradbury et François Truffaut (qui adapta Fahrenheit 451 en 1966, pour en faire un beau film animé par l’amour du cinéaste pour la littérature) avaient raison, qu’est-ce qu’un jeune cinéaste américain comme Ramin Bahrani peut avoir à dire sur la question ?

    Variation sur une vieille dystopie

    Qu’il reste encore bien des choses à perdre. Les pompiers sont toujours mobilisés pour éradiquer la peste littéraire, et les lance-flammes ont toujours remplacé les extincteurs. Mais puisqu’on est quelque part dans le futur, les livres de papier ont presque tout à fait disparu, et ce sont des disques et des drives qu’il faut incendier. Ce que fait avec enthousiasme Monta (Michael B. Jordan) pompier de choc et étoile des réseaux sociaux. Sous l’autorité du capitaine Beatty (Michael Shannon), il persécute les lecteurs qui, lorsqu’ils sont pris, sont privés de la citoyenneté qui leur donne accès aux drogues chimiques et numériques qui font la vie quotidienne.

    Ce « Fahrenheit 451 » du XXIe siècle se plie aux règles du film d’action

    Cette variation sur la vieille dystopie de Bradbury est intéressante, peuplée de foules passives qui peuvent se muer en meutes sanguinaires, de fonctionnaires qui feignent l’ignorance. Les deux Michael servent bien l’opposition entre la fragile intégrité de Monta et la perversité de son aîné. Hélas, le temps des conclusions élégiaques (comme celle, sublime, du film de Truffaut) est passé depuis bien longtemps, et ce Fahrenheit 451 du XXIe siècle se plie aux règles du film d’action, d’autant plus facilement que le décor est jonché de lance-flammes.

    Enfin on ne peut s’empêcher de remarquer que cet hymne à la liberté de choix ne laissera pas aux spectateurs la liberté de décider de la taille de l’écran sur lequel ils le verront. Produit par HBO, Fahrenheit 451 ne sortira pas en salle et sera diffusé sur une plateforme de streaming.

    View the original article: http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2018/05/14/cannes-2018-fahrenheit-451-ou-comment-mettre-bradbury-a-l-heure-des-reseaux-sociaux_5298840_766360.html

    Film américain de Ramin Bahrani. Avec Michael B. Jordan, Michael Shannon, Sofia Boutella (1 h 40). Disponible à partir du 3 juin sur OCS. Sur le Web : www.hbo.com/movies/fahrenheit-451

    Cannes 2018 : ” Fahrenheit 451 ” ou comment mettre Bradbury à l’heure des réseaux sociaux

    Cette nouvelle adaptation du classique de Ray Bradbury, déjà mis en scène par Truffaut, se plie avec un peu trop d’enthousiasme aux règles du spectaculaire. De Valium en Zoloft, de NBC en YouTube, les livres ont été repoussés aux marges de la vie sociale, les images, de plus en plus fragmentées, ont imposé leur empire.

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