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Cannes 2018 : « Gräns », l’humanité au défi de la monstruosité

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    Eero Milonoff et Eva Melander dans « Gräns » (« Border »), d’Ali Abbasi.

    Sélection officielle – Un certain regard

    Eprouvant début de sélection cannoise qui passe les festivaliers à l’épreuve de la laideur et de la monstruosité. Entre Donbass, de Sergei Loznitsa (satire grimaçante du cynisme de la politique russe en Ukraine) et Yomeddine, d’A.B. Shawky (road movie édulcoré d’un lépreux à la recherche de ses origines), on préférera en tout état de cause l’étrange et remarquable film suédois d’Ali Abbasi, Gräns (Border) – adapté du roman homonyme de John Ajvide Lindqvist – qui s’empare de la question sous les auspices « naturels », si l’on peut dire, du genre.

    Son héroïne se nomme Tina, elle exerce la profession de douanière, où elle excelle grâce à un sens de l’odorat particulièrement développé qui lui permet sans faillir de détecter les sentiments cachés des individus qui lui passent sous le nez. La découverte de Tina pour le spectateur n’est pas une mince affaire. Faciès tirant vers le Néandertal plutôt que le Sapiens, corps épais et difforme, malpropreté générale, regard bestial qui vous fige.

    Fantastique familier

    Tout tire en un mot la belle Tina vers l’animal ou le monstre primitif, et tout l’enjeu du film consistera, précisément, à faire entrer cet objet de répulsion sinon dans le monde de l’humanité, du moins dans celui d’une reconnaissance par ladite humanité d’une différence ontologique dont elle-même va lentement prendre conscience au cours de l’intrigue. Vivant avec un amant éleveur de chiens débile qui la trompe allègrement, questionnant en vain un père sénile sur des origines qu’elle soupçonne hétérodoxes, Tina va rencontrer son destin en la personne de Vore, un être repoussant qu’elle arrête à la frontière, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, et avec lequel elle va tisser une relation édifiante.

    Point n’est besoin d’ajouter un mot dans l’attente d’une sortie prochaine. Disons que ce film qui met l’humanité au défi de la monstruosité entre dans la catégorie d’un fantastique familier à la manière du récent Les Bonnes Manières, des Brésiliens Juliana Rojas et Marc Dutra (mythe du loup garou, conte de fée et lutte des classes). Autant dire qu’il inquiète en même temps qu’il émerveille, qu’il n’est pas dépourvu d’une singulière beauté, et qu’il ne cesse de dérouter, au meilleur sens de ce terme. Son titre dit bien par ailleurs ce qu’il veut dire, la question de la « frontière » étant celle qui le travaille par excellence, entre animalité et humanité, politique d’accueil des réfugiés et mythes fantastiques nordiques. L’auteur lui même en sait quelque chose, qui est né en Iran en 1981, avant de s’installer dans les années 2000 en Suède, puis au Danemark.

    View the original article: http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2018/05/10/cannes-2018-grans-l-humanite-au-defi-de-la-monstruosite_5297176_766360.html

    Film suédois d’Ali Abbasi. Avec Eva Melander, Eero Milonoff, Jorgen Thorsson, Viktor Akerblom (1 h 41). Sortie en salle prochainement. Sur le Web : www.festival-cannes.com/fr/festival/films/grans

    Cannes 2018 : ” Gräns “, l’humanité au défi de la monstruosité

    Dans la section Un certain regard, le film d’Ali Abbasi inquiète et ne cesse de dérouter en même temps qu’il émerveille. Sélection officielle – Un certain regard Son héroïne se nomme Tina, elle exerce la profession de douanière, où elle excelle grâce à un sens de l’odorat particulièrement développé qui lui permet sans faillir de détecter les sentiments cachés des individus qui lui passent sous le nez.

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