TV – « Tout de suite maintenant » : un Bonitzer de famille

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    Film sur Ciné+ Premier à 20 h 45

    En entrant chez ABFi, Nora Sator semble destinée à mettre en action le titre du film, Tout de suite maintenant. Jeune femme bril­lante, elle surmonte les incertitudes de la première journée après l’embauche pour devenir en quelques jours l’étoile ascendante de ce cabinet de ­conseil en fusions-acquisitions. Elle a à peine 30 ans, elle est belle, et bientôt riche et puissante.

    Mais en la faisant pénétrer dans les locaux d’ABFi, Pascal Bonitzer lance son héroïne dans le labyrinthe immatériel des couloirs du temps. Le metteur en scène et scénariste ne peut se satisfaire d’une simple peinture, si raffinée soit-elle, du monde de la finance, univers à deux dimensions. Et Nora Sator – qui est interprétée avec une autorité souvent glaçante, à peine zébrée de failles vite colmatées, par la fille de l’auteur, Agathe Bonitzer – est prise dans un piège dont le ressort est le temps passé.

    Le cabinet qui l’a embauchée est dirigé par Barsac (Lambert Wilson) et Prévôt-Parédès (Pascal Greggory), faux jumeaux que la réussite de leur entreprise a séparés. Le premier est tout entier voué à ses appétits, le second tente à grand-peine de maintenir la fiction de son implication dans la marche des affaires. Mais tous deux reconnaissent en Nora la « fille d’étalingure ». On reconnaît, dans ce code d’abord indéchiffrable, ce qui unit le cinéma de ­Pascal Bonitzer à celui de Jacques Rivette, dont il fut le coscénariste pendant deux décennies. Ce mystère force la jeune femme à se ­reporter à une époque qui a ­précédé sa naissance, à quitter la réalité quotidienne pour un univers au-delà des apparences.

    Mécanique étourdissante

    Si elle est la « fille d’étalingure », cette appellation étrange s’applique donc à son père, Serge (Jean-Pierre Bacri), mathématicien qui vit dans une souffrance dont il fait profiter tout son entourage. Pendant que Nora s’enfonce dans les rets d’une fusion-acquisition, tous les protagonistes mentant à qui mieux mieux, elle voit émerger la vérité de ses origines, la blessure qui a mutilé son père, cet absent omniprésent, le visage de ceux qui l’ont infligée.

    Le plaisir très fort que procure la vision de ce filmest dû à l’imbrication délicate de ces deux mouvements en une mécanique étourdissante, dont l’effet tient autant à la précision de la mise en scène qu’à l’exactitude de l’interprétation. L’histoire d’amour entre Nora et Xavier (Vincent Lacoste), un collègue de son âge qui se refuse à refouler ses émotions, semble avoir été inventée pour donner une réalité à la mention « c’est compliqué », d’autant que s’y mêle la libido vigoureuse de Maya (Julia Faure). A cette vivacité répondent les ­remords de l’autre génération.

    Agathe Bonitzer et Vincent Lacoste.

    Les deux gestionnaires et le professeur de mathématiques gravitaient autour de la même femme, Solveig. On ne la voit que peu, mais ce personnage offre à Isabelle Huppert un rôle d’une rare complexité. L’actrice prête à ­Solveig une extrême fragilité, et la séquence qui l’unit à Jean-Pierre Bacri restera comme l’une des plus émouvantes de sa carrière.

    Ces performances sont portées par une caméra d’une mobilité toujours juste (l’image est de Julien Hirsch). On y ajoutera la conscience que l’on a des liens entre le réalisateur et son interprète, qui exacerbe la violence des situations. Ce film peut se voir pour le plaisir immédiat d’un récit limpide et complexe ; aussi pour jouir de la maîtrise du ­cinéma dont il témoigne.

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    Tout de suite maintenant, de Pascal Bonitzer. Avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Jean-Pierre Bacri, Isabelle Huppert, Lambert Wilson (Fr., 2016, 95 min).

    TV – ” Tout de suite maintenant ” : un Bonitzer de famille

    Notre choix du soir. Le réalisateur dirige avec maestria sa fille, au côté de Jean-Pierre Bacri (sur Ciné+ Premier à 20 h 45). Film sur Ciné+ Premier à 20 h 45 Mais en la faisant pénétrer dans les locaux d’ABFi, Pascal Bonitzer lance son héroïne dans le labyrinthe immatériel des couloirs du temps.

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